Vies, traitements et considérations des personnes handicapées

Aller en bas

Vies, traitements et considérations des personnes handicapées Empty Vies, traitements et considérations des personnes handicapées

Message par Fatum le Ven 12 Oct - 14:06

Socrate, Ésope, Homère, Héphaïstos... Malgré le traitement peu enviable réservé aux personnes handicapées, tous ces personnages témoignent d'une fascination pour l'invalidité – en tant que marque d'élection aux yeux de certains religieux. Plus encore qu'une compensation, dans l'esprit du XVIe siècle, c'est un signe de singularité qui doit inviter au respect de ce qui nous dépasse.


Alors, quelle destinée pour vos personnages invalides ?





Dans la majorité des cas, les invalides et gens difformes sont abandonnés. Ceux qui survivent sont laissés à des institutions religieuses, ou bien ils mendient ou volent dans la rue, ou encore se donnent en représentation pour leur différence. Ne tombons cependant pas dans la fatalité : quelques-uns -- certes rarissimes -- ont pu exercer des métiers au milieu de gens valides, ou se faire connaître par exemple comme écrivain (Paul Scarron).


Platon, dans 'La République' a écrit: « Les enfants des gens mal conformés, ou s'ils sont infirmes parmi les autres, on les cachera dans un lieu mystérieux comme il se doit. »


Aristote, dans 'La Politique' a écrit: « Quant à l’exposition et à la nourriture des enfants, il faut une loi interdisant de nourrir des infirmes ; et pour la natalité excessive, si la disposition des coutumes l’empêche, qu’on n’expose aucun des enfants ; il faut en effet limiter le nombre des naissances. »


Toute l'Histoire, à quelques exceptions près comme la civilisation égyptienne, a été marquée par l'éradication des corps défaillants. Quand déjà l'enfant invalide survit (ce qui n'est pas acquis), il est souvent abandonné, soit aux ''enfants trouvés'', soit à des religieux. Il arrivait que des familles conservaient leurs enfants infirmes, mais cela était rarissime.
Avec les croyances religieuses, beaucoup de gens voient le handicap comme une diablerie, une marque d'infériorité ou de péché, ou encore comme avertissements divins. Ce qui est pratique pour justifier leur élimination ou leur exploitation.


Cependant, certains penseurs croyants s'y opposent et voient quelque chose de bien plus raffiné dans les personnes invalides et / ou difforme. Par exemple...


Augustin d'Hippone, dans 'La Cité de Dieu' a écrit: Quoi qu'il en soit, quelque part et de quelque figure que naisse un homme, c'est-à-dire un animal raisonnable et mortel, il ne faut point douter qu'il ne tire son origine d'Adam. […] Dieu, qui est le créateur de toutes choses, sait en quel temps et en quel lieu une chose doit être créée, parce qu'il sait quels sont entre les parties de l'univers les rapports de contraste qui contribuent à sa beauté. Mais nous qui ne le saurions voir tout entier, nous sommes quelquefois choqués de quelques-unes de ses parties, comme les êtres disgraciés, par le seul motif que nous ignorons quelles proportions ces étrangetés ont avec tout le reste.


Ainsi, pour certains -- une minorité -- infirmes et les gens difformes sont inclus au même titre que les gens ordinaires dans un agencement du monde qui nous dépasse. Le handicap appelle l'homme à la méditation, mais aussi à la recherche intellectuelle.


Croyances et superstitions autour du handicap





Dans l'esprit médiéval dont le XVIe est encore fort imprégné, le corps est censé être mimétique de l'âme et de l'ordre du monde. Un invalide a donc une vraie signification, qu'elle soit positive ou négative, dans les esprits mystiques. Pour ceux qui voient le handicap comme une marque de péché, chaque partie du corps affublée d'une invalidité est associée à tel ou tel châtiment. Il valait par ailleurs mieux éviter de rencontrer une de ces personnes difformes, car leur vue annonçait un malheur, croyait-on.
Et s'il se produisait effectivement une calamité, il est arrivé que ces personnes infirmes soient soumises à la torture, qui leur faisait inévitablement avouer un commerce avec le diable…


Malgré tout, la personne difforme continue à captiver et peut être respectée comme une énigme, parfois comme porteuse de dons ou d'une lucidité supérieure. On a ainsi le cas intéressant de la fête des fous, où "aliénés" et personnes handicapées sont mis à l'honneur.


Au XVIe siècle, Montaigne apporte une autre dimension à la problématique...


Montaigne, dans 'Les Essais', chapitre 'Des boîteux' a écrit: « On dit en Italie en commun proverbe, que celui là ne connaît pas Vénus en sa parfaite douceur, qui n'a pas couché avec une boiteuse. La fortune ou quelque particulier accident ont mis il y a longtemps ce mot en la bouche du peuple. Et se dit des mâles comme des femelles : car la reine des Amazones répondit au Scythe qui la conviait à l'amour ''le boiteux le fait le mieux''. »


Il évoque ici de ces croyances populaires voulant que les personnes handicapées avaient probablement "quelque chose en plus". Une vision assez malsaine, aussi pernicieuse que de les rattacher au Diable car, dans un cas comme dans l'autre, la personne handicapée n'est pas regardée comme "humaine". Mais sur-humaine, ou sous-humaine. C'est ce genre de superstitions que Montaigne dénonce.


Une autre grande "mode" du XVIe siècle, voie potentielle pour votre personnage : les "monstres" et bouffons de Cour





Les XVIe et XVIIe siècles ont été férus de bouffons. Certains sont restés célèbres, comme Triboulet, le bossu de François Ier. Les Cours espagnole et italienne en comptaient beaucoup. Comme l'écrira Victor Hugo, « pourquoi des monstres ? Pour rire. »


En quoi rire touche-t-il de près à l'infirmité ? Aux XVIe et XVIIe siècles, la place sociale du monstre était un rôle comique provoquant un rire de déchargement des angoisses. Monstres de foire, infirmes et bouffons faisaient le bonheur des foules et des Grands. Mais on les trouvait également dans les cirques, souvent mal traités, comme le célèbre Joseph Merrick, "l'homme éléphant".
En découlent des dérives scabreuses. Certains contre-font les infirmes dans des mises en scène étonnantes. Pire encore, dans toute l'Europe des groupes de commerçants se spécialisaient dans la fabrication et la vente de phénomènes humains : quand l'on n'a pas assez de "vraies" personnes handicapées sous la main, on capture des enfants, on les estropie, on les fait rester petites par enfermement dans des boîtes, etc.


Le besoin de monstres va cependant au delà d'un simple jeu. Nobles et rois aiment s'attacher des monstres parce que le bouffon est un défouloir, mais pas seulement : le roi accorde à la créature atypique « une auréole métaphysique, aussi troublante que fascinante. » Elle est une créature insaisissable, et se l'attacher, c'est étendre son pouvoir de roi jusqu'à dominer même les êtres les plus étranges.
Le bouffon, par sa position à la fois privilégiée et infamante, peut taquiner son maître. Enfin, pour le roi et les nobles, avoir un homme difforme auprès de soi, c'est un message politique et une forme de contrôle : le prince saura protéger son peuple comme il protège et réintègre la créature difforme, le prince maîtrise le hors-normes.

"Nous appelons contre-nature ce qui n'est que contre coutume."
~ Montaigne ~
Fatum
Fatum
Admin
Admin

Messages : 220
Date d'inscription : 10/10/2018
Age : 26
Localisation : Grenoble

Voir le profil de l'utilisateur http://lapourpreetlaroue.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum