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[le 10 octobre 1597] - La pomme et la dague

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Message par Alduis de Fromart le Mer 6 Mai - 22:01

Alduis était venu sur le marché. Pour s'occuper. Dans un lieu peuplé, il s'était dit qu'il aurait de quoi se changer les idées. Maintenant qu'il y était, il se demandait un peu ce qui lui était passé par la tête d'avoir une idée aussi saugrenue. Il ne se passait rien de bien folichon par ici, malgré la population. Rien de bien excitant, vraiment. Simplement des hommes et des femmes qui marchaient vite pour qui acheter une étole, qui un bijoux et qui de quoi se remplir le ventre. En résumé, une animation tout à fait relative et très décevante.

Quoique...

Tiens, tiens. Manger. Quelle bonne idée lumineuse que voilà !

Le marchand sur lequel il jeta son dévolu vendait des pommes en abondance. Il se tourna vers lui et sans la moindre hésitation, se dirigea dans sa direction à grands pas. Arrivant à son niveau, il en attrapa une et, ni une ni deux, il croqua avec appétit sous les yeux ébahis de l'homme. Alduis lui sourit et lança la pomme en l'air, avant de la rattraper et de prendre une autre bouchée avec enthousiasme. Quand il eut décidé qu'il l'avait suffisamment fait patienter, il sortit une pièce de sa bourse et la lui jeta. Le marchand la rattrapa, sans le quitter des yeux.

Comme si, en cessant de le regarder pendant deux secondes, quelque chose allait se passer... Il n'avait peut-être pas tort, au fond, mais pour une fois, Alduis était juste venu s'occuper. Il n'avait rien à craindre.

- Dites-moi, vos pommes sont délicieuses. Je crois que je vais en reprendre une autre.

Et pour illustrer ses propos, il en prit une deuxième. Ce fut à cet instant qu'il sentit quelque chose à sa ceinture s'alléger. Il délaissa aussitôt le marchand à son ébahissement et attrapa vivement le poignet de l'imposteuse qui se retirait prestement avec l'une de ses armes. La sachant bloquée, il prit le temps de croquer de nouveau dans la pomme, de mâcher, puis il la laissa tomber et remarqua :

- Eh bien, mademoiselle ? Vous ne devriez pas laisser vos mains se balader ainsi sans surveilleance. Il pourrait leur arriver malheur...

Comme se retrouver détachées de leurs bras par exemple. Mais bon, elle avait de la chance, il était en train de manger alors. Il ne voulait pas se salir les mains et gâcher le bon goût de ses pommes. Alduis se retourna avec un sourire, mais la lueur sombre dans ses yeux, carrément effrayante tout compte fait, détrompait son ton poli.

- Si délicates, ajouta-t-il alors, toujours sans lui lâcher le poignet. Ce serait dommage de les abîmer, vous ne pensez pas ?

Presque doucement, il lui tordit la main, sans perdre son sourire et récupéra sa dague. Il la fit tourner dans sa main, la soupesa et la repassa à sa ceinture comme si de rien n'était. Puis, il plongea ses yeux dans les siens et pencha la tête sur le côté, en s'approchant d'elle. Il déclara - tout en accentuant la tension sur son poignet :

- Et donc ? Pour quelle raison vos mains se baladaient fort hasardeusement du côté de mes dagues ?
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Message par Sahar le Jeu 7 Mai - 17:10

Le marché regorgeait d’opportunités. Des objets de valeurs, assez de nourriture pour combler le vide béant dans son estomac...c’était pour Sahar l’occasion de faire quelques emplettes, quelques vols à l’abri des regards trop indiscrets. Le marché se révélait toujours comme une véritable aubaine dont la demoiselle n’hésitait pas à en tirer profit. Elle n’était pas l’unique voleuse qui sévissait dans la capitale, Sahar s’en doutait. Aussi, la demoiselle s’obligeait à être sur la place dès les premiers cris des marchands. Ainsi, elle pouvait observer la foule affluaient en direction du marché, telles des petites abeilles butinant vers une vallée de fleurs sauvages. C’était un spectacle sans intérêt, voire ennuyeux pour la demoiselle qui répétait ces manoeuvres plusieurs fois par semaine.

Enfant, la foule lui avait toujours apparu comme une vague menaçante, prête à tout détruire dans son sillage. Les passants se mouvaient avec une cohésion presque effrayante, rappelant alors l’ondulation d’une houle s’apprêtant à déferler sur la place du marché. Les lieux où se retrouvait la majeure partie de la population l’avaient toujours étouffé. Aujourd’hui, Sahar ne ressentait plus aucune frayeur. Seulement une terrible détermination. Elle se contentait de nager dans les abysses de l’eau, pour mieux dérober les plus distraits. Sahar était une bonne voleuse. C’était peut-être même sa plus grande compétence. Elle avait les doigts fins et la rapidité nécessaire pour effectuer des tâches aussi vicieuses.

Mais parfois, il lui arrivait de commettre des erreurs certains jours. Oh, la demoiselle ne l’avouera jamais parce qu’elle haïssait reconnaître se tord. Elle avait certainement peu conscience de ses fautes. Elle ne réalisait pas la gravité de ses actes, actes qui l’emmèneront tout droit à l’échafaud si la demoiselle venait à se faire attraper. Ce jour-ci faisait partie de ces moments. De ces moments où Sahar aurait dû reconnaître l'impossibilité de son objectif. La jeune femme s’était entêtée, ne reculant devant rien pour obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout.

Une jolie dague. Une lame pour se défendre. Une lame pour assurer sa survie, assouvir son besoin de vengeance.
Elle appartenait à un homme qui lui semblait être important, en observant les regards jetés à la dérober dans sa direction. Vêtue d’une tenue militaire, un haut gradé certainement, il avait accroché à sa ceinture une petite lame qui attira aussitôt l’oeil de la vagabonde dès que son regard avait glissé vers le soldat. Tout lui prouvait que cette entreprise serait en vain. L’échec dansait devant ses yeux, comme pour la faire reculer. Mais la volonté de la demoiselle s’amplifia. Elle s’approcha furtivement, scruta du coin de l’oeil le moindre de ses mouvements. Puis saisit l’instant qui lui parut le plus opportun.
Seulement, une main se referma brutalement sur son poignet. Comme un aigle referme ses serres autour de sa proie. Des doigts froids et puissants entouraient dorénavant sa main et Sahar fut contrainte de lâcher sa prise. Le soldat lui semblait lui parler mais la demoiselle se concentrait sur la douleur, provenant de son poignet. Elle pinça ses lèvres. Sahar avait vécu pire. Bien pire. Rien n’équivalait le déchirement d’un dos bourré de coup de bâton, dégoulinant d’eau pour accentuer la souffrance des blessures. Puis lentement, la demoiselle posa son regard chargé de haine sur le soldat. Si son sourire la terrifiait, Sahar ne laissa rien transparaître. Elle écumait de rage.

“Pardonnez- moi, je suis une piètre conteuse...”finit-elle par lâcher d’une voix faussement douce, tout en pivotant de façon à se retrouver dos aux cagettes de pommes. Sahar s’approcha du militaire, malgré son regard aussi glacial et tranchant que son sourire, malgré la douleur qui tiraillait son poignet. Le bougre, il réussirait presque à lui arracher une petite larme. Puis, brusquement, la demoiselle lui cracha violemment au visage et captura discrètement une pomme. “ mais j’ose espérer que cette réponse est à la hauteur de vos attentes.” La demoiselle croqua dans son fruit à pleine dent, arborant le visage même de l’insolence tandis qu’elle observait le militaire. Son impudence la mènerait tout droit à des représailles méritées et Sahar se doutait qu’elle n’y échapperait pas cette fois. Pourtant, la vagabonde se contentait de le regarder avec une audace presque déroutante, une audace bien trop flamboyante pour un corps aussi délicat. Et ce, malgré son poignet piégé entre les doigts du soldat, malgré cette impression de sentir ses os se broyaient sous la pression.
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Message par Alduis de Fromart le Jeu 7 Mai - 19:50

Alduis la toisa des pieds à la tête. Une jeune femme. Des vêtements d'homme. Une tresse. Des yeux colériques. Des lèvres pincées. C'était ce qui serait resté dans sa mémoire si elle était partie immédiatement. Mais il maintenait toujours son poignet dans l'étau de fer de ses doigts, implaccablement, et il n'avait pas l'intention de la lâcher de sitôt.

Elle le détestait déjà, il le lisait dans ses yeux. Une rage écumante, débordante, qui suintait par chaque pore de sa peau. Et en même temps, il aurait parié sa tête pour dire qu'il la terrorisait aussi. En même temps, il ne fallait pas être devin pour le savoir... Et cette idée, bien au contraire de le lui faire perdre, ne faisait qu'aggrandir son sourire.

Cette expression de prédateur. De chat qui avait trouvé une souris - et une occupation. Oh, il s'agissait d'une souris bravache qui jouait à la lionne mais qui n'en demeurait pas moins une souris. Qui prenait une voix assurée, malgré la douleur. Qui lui crachait au visage, se rapprochait de lui et prenait sa pomme - pour croquer dedans à pleines dents. Oh oui, elle avait de l'audace. Et il voulait voir jusqu'à où elle pouvait aller avant de craquer.

La pousser dans ses retranchements.

- ... mais j’ose espérer que cette réponse est à la hauteur de vos attentes.

Alduis sourit encore, et une lueur amusée s'y glissa. Pourtant, lorsqu'il siffla entre ses dents, il semblait toujours aussi dangereux :

- Tss, tss, tss. Je vous déconseille fortement d'essayer de savoir ce qui est à la hauteur de mes attentes...

Puis, toujours très naturellement, exactement comme s'il ne serrait pas son poignet de plus en plus fort alors que même lui commençait à en avoir mal aux doigts, il enchaîna :

- Mais je ne vous crois pas. Tout le monde sait raconter des histoires, il n'y a pas besoin d'être un conteur pour cela.

Il récupéra sa pomme avec un air condescendant, croqua dedans sans se soucier que la jeune femme l'avait déjà à moitié mangé puis, finalement, il la reposa au milieu des pommes non vendues. Comme si de rien. Les gens alentours les regardaient mais conservaient une distance respectueuse. Alduis lui tapota le bout du nez et déclara, presque avec gentillesse :

- Tenez, je vais vous montrer. Vous verrez, ce n'est pas très dur.

Il fit mine de réfléchir, bien inutilement puisqu'il savait déjà quoi dire, avant de débuter son récit :

- Il était une fois, hum... - son regard se durcit, son sourire se fit encore plus carnassier - ... il était une fois, donc, une jeune femme... Une jeune femme qui se promenait sur un marché, qui avait une tresse, qui était plutôt jolie et dont les mains étaient un peu trop baladeuses, tant et si bien qu'elles se perdirent dans la nature.

Il fit une pause, enroula une mèche échappée de la tresse autour de son annexe et la passa derrière son oreille, avant de reprendre :

- Alors ? je serais curieux de connaître la suite de cette histoire...

Il tira sur son poignet pour la forcer à se rapprocher un peu et conclut enfin :

- Et évitez de vous défiler, cette fois-ci... Ou alors, je vous casse ce joli petit poignet. Au moins, je lui éviterait des problèmes en traînant sans surveillances là où il n'a rien à faire.

Et le sourire qu'il lui adressa à ce moment-là était... un peu moins effrayant. Toujours aussi carnassier, mais cette fois-ci, il était aussi clairement amusé. Allez, petite souris, surprends-moi !

Finalement, il avait bien fait de venir au marché.
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Message par Cassandre Velasquez le Jeu 7 Mai - 22:13

[le 10 octobre 1597] - La pomme et la dague Cassan28
Cassandre, 12 ans, esclave

Les effluves de nourriture embaumaient les airs alors que les badauds circulaient entre les étals. Il s'agissait principalement de femmes ou d'enfants qui venaient faire les courses pour leur famille. Ou des esclaves pour leur maître. Cassandre portait le sac déjà lourd sur l'épaule, indifférente au chargement. Le réapprovisionnement pour le Lupanar lui avait endurer bien pire.  Elle aurait dû être accompagné de Grace mais celle-ci s'était fait punir un peu avant de partir pour une insolence. Cela faisait étrange à Cassandre de sortir à nouveau seule au marché. Elle s'était habituée à discuter avec sa nouvelle petite sœur entre les échoppes et à jouer sur le chemin.

Cassandre était occupée à négocier durement le prix du pain auprès d'un marchand avec qui elle avait eu souvent l'habitude de traiter. Ce dernier essayait bien lui faire croire qu'il en avait peu et c'était rare. Elle n'y crut pas une seconde et prétendit aller marcher beaucoup plus loin pour chercher une miche moins chère en parlant assez fort pour attirer l'attention de passants. Le commerçant, gêné de cette éventuelle mauvaise publicité, baissa vite le prix à la satisfaction de la fillette.

Dame Irène allait contente de la voir rentrer avec toutes le courses et plus de monnaie que prévu !

Cassandre poursuivit son chemin en cherchant à présent un primeur. il y avait pas mal d'étals avec des fruits et légumes mais la fillette n'aimait pas l'apparence. Les produits étaient trop beaux pour être bon.  Ses yeux surprirent soudain la silhouette d'un homme en train de saisir une pomme. Un noble. Les souvenirs de l'agresion du maudit duc de Rottenberg lui revinrent aussitôt. C'était un mois plus tôt, presque au même endroit. D'instinct, Cassandre se recula et se dissimula entre deux grosses femmes en train de discuter qui lui serviraient de barrière. Elle tremblait. La vision de la pomme hantait son eprit. elle passa la main sur la manche de sa robe, là où se situait la marque honteuse. Deux ans plus tôt, à moitié morte de faim, elle avait essayé de voler une pomme. Elle avait réussi. Mais un soldat l'avait vu et avait réussi à la capturer. elle était trop affaiblie pour se défendre ou fuir. Sa main continua à serrer son bras, la rage au cœur. Condamnée à l'asservissement pour une malheureuse pomme. Ce maudit royaume le payerait. Tôt ou tard. Avec Achille, Eldred et tous ceux qui les suivraient, ils le mettraient à genoux.

Brusquement, le bruit de violence la fit sursauter. Cassandre arrondit les yeux en découvrant le noble attaquer à la dague une jeune femme qui essayait de le voler. La fillette secoua la tête. En voilà une bien folle d'oser se risquer à une actionne comme celle-là ! Voler les étals, elle comprenait. c'était pour la survie. Voler des gens, c'est pas moral. Les citadins gagnaient si mal leur vie. Et voler un noble, ça, c'était stupide. Ils étaient riches, oui, à ne plus savoir quoi faire, mais représentaient aussi un tas de problèmes. Cassandre avait toujours eu pour politique de se tenir le plus loin possible d'eux. A part si cela concernait des projets en lien avec les affaires actuelles, bien sûr !

La jeune femme, les mains prises par le noble autoritaire, essayait vainement de se défendre. Effort inutile ! Il allait l'emmener à la prévôté et elle serait condamnée à l'asservissement ou à avoir la main tranchée ou même à la corde. Cassandre se rappelait avoir vu certains voleurs pendus dès leur premier larcin. Il n'y avait aucune justice au sein de ce royaume du Diable. A son étonnement, le noble voulait entendre l'histoire. Son intonation était...  terrifiante. Cassandre frissonna et se recula d'instinct.

Cet homme était d'un grand danger et la femme était déjà condamnée.

Quand le noble aurait cessé de jouer, il la livrerait à la justice. Tout était joué d'avance. Il la faisait espérer une possible sortie pour mieux se régaler de son anéantissement.

Les nobles n'étaient que des monstres. Tous.
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Message par Sahar le Sam 9 Mai - 16:10

Le soldat prenait un malin plaisir à la tourmenter, même un aveugle l’aurait vu. Oh, il y avait dans ses yeux une étincelle d’amusement. Ce n’était qu’un jeu. Un ballet où il pensait mener la danse parce qu’il détenait son poignet, parce qu’il pensait pouvoir anéantir sa volonté. Il pensait que ses mots viendront souffler le brasier pour réduire son âme en cendres. Non, il en était même certain, à voir son regard aussi confiant. Les nobles vouent un malin plaisir à songer qu’ils sont importants, si importants que les petites s comme Sahar n’a aucune valeur à leurs yeux. Elle les haïssait tous. Ils étaient aussi coupables que le bourreau dans la mort de sa famille. Les nobles ne lui inspiraient que la vengeance et la fureur. Il effleura le bout de son nez, effleura une mèche de cheveux, effleura son oreille. Le contact sur son poignet lui suffisait amplement. Sa proximité la dérangeait, son comportement la dérangeait. Il était bien trop tactile à son goût, bien trop proche. Ses gestes presque doux, lui insufflaient autant de douleur que son poignet broyé entre sa main.

Aussi, sa mâchoire se contracta, ses yeux lançaient des éclairs. Elle quittait du regard le soldat uniquement pour fusillait les impudents qui osaient observer leur échange. La demoiselle se sentait piégée, comme un lion enfermé dans une cage. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine, désireux de s’échapper lui aussi. Mais Sahar ne voyait aucune échappatoire pour le moment. Elle était contrainte à affronter le soldat, contrainte d’être qu’un petit pion dans son échiquier. “ Je puis vous dire que ce début manque de créativité…”déclara-t-elle, roulant des yeux avec nonchalance. Une certaine fierté non dissimulée brillait dans ses yeux.

La demoiselle sentit une larme délicate roulait le long de sa joue pâle, jouissant des privilèges de sa liberté à l’instar de Sahar. Mais la jeune femme ne fit rien pour arrêter sa course folle. Elle pouvait bien pleurer sous les yeux du militaire, c’était un détail sans importance. La vagabonde ne cherchait aucune réaction de sa part. Qu’il se moque. Qu’il rigole, si cela lui plaît. Il n’avait aucune emprise sur la jeune femme et jamais il n’en aura le privilège. C’était parce que Sahar se pensait être intouchable, qu’elle laissait cette larme s’enfuir. Des larmes de colère. Des larmes de tristesse. Des larmes de souffrance. Sahar en avait versé. En secret, à la vue de tous. Quelle importance ? Quelle différence ? Cette sensation de solitude demeurait la même. Sous cette vague de fureur, elle était sensible Sahar. Si sensible, qu’elle était esclave de sa propre rage.

Elle le fixait de ses yeux furieux, de ses joues empourprées dont les larmes perlaient discrètement et ce malgré ce rapprochement déstabilisant. La vagabonde lui aurait arraché cet affreux sourire si elle en avait eu la possibilité. Elle lui aurait crié d’aller au diable si elle n’était pas persuadé qu’il était la réincarnation du mal en personne. Sahar redressa légèrement le menton, orgueilleuse malgré la souffrance. “ cassez donc mon poignet si cela vous chante. Je ne me plierais pas à vos exigences.”susurra-t-elle entre ses dents serrées, décidée à ne lui apporter aucune satisfaction. Sahar ne ploierait pas, elle l’avait déjà fait il y a bien longtemps. Le soldat pouvait bien lui briser tous les os de son corps et lui arracher des cris de douleur si le coeur lui en disait. Mais détruire son esprit ? Faire hurler son âme ? C’était hors de sa portée. Sahar n’était qu’un vase détruit, réduit en morceaux. Ne discernait-il pas à travers ce drap de colère, le néant dans ses yeux noisette ?

Du sang s’écoula de sa lèvre et un goût métallique envahie la bouche de Sahar, rappelant ainsi a la demoiselle qu’elle se mordait violemment la lèvre inférieure pour supporter la souffrance de ses os écrasés sous la pression du soldat.
“ Si j’avais pensé que vous intimiez le respect à quiconque, je vous aurais demandé si vous n’aviez pas des servants pour vous obéir...”lâcha-t-elle en haussant les épaules avec nonchalance. Les larmes coulaient. Le coeur s’affolait. Le menton fièrement relevé. Le sang cognait contre ses tempes. Ses yeux chargés de haine ne quittaient pas le militaire.

_________________


    I fear no hell from you
    I have licked the fire and danced in the ashes of every bridge I ever burned. I fear no hell from you. « She has been through hell. So believe me when I say, fear her when she looks into a fire and smile.  »
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Message par Alduis de Fromart le Sam 9 Mai - 21:28

Elle le détestait. Alduis le voyait dans chaque mimique qu'elle faisait, dans chaque geste, dans chaque éclair que lui envoyait ses yeux. Il le sentait jusque dans ses tripes. Parce que la haine avait ce goût-là qu'il connaissait par coeur, qui ancré en lui comme une mauvaise graine... et qu'il savait reconnaître chez n'importe qui, n'importe quand. Cette demoiselle-là avait une lueur dans les yeux qui ne trompait pas.

Et alors même qu'il lui écrasait le poignet, que les os devaient être proches de la rupture, qu'elle pleurait, elle continuait de le défier. De soutenir son regard. De lui répondre.

Elle était fière, cette petite. Et aux yeux d'Alduis, il n'y avait pas plus grande qualité. La fierté, et le courage. Et assurément, elle avait les deux. Oh bien sûr, il fallait être un peu fou pour penser à voler sa dague mais qui ne l'était pas juste un peu ? Il n'y avait que de fous, en ce monde.

- Je crois que je peux me débrouiller tout seul et que je n'ai pas besoin de larbins pour m'habiller ou me faire manger, répondit-il à sa dernière réplique.

Et encore moins pour casser les poignets des jeunes femmes trop curieuses.

Il ne fit aucun commentaire sur son début de conte. Ne chercha pas à le continuer non plus. En fait, il s'en fichait pas mal. Il était tout plongé dans la contemplation de ses yeux, de ses larmes qui coulaient sur les joues de la jeune femme. Comme s'il s'agissait là de la chose la plus étrange au monde. Oh, des gens pleurer, il en avait vu. Par centaines, peut-être milliers même ! C'était pour ainsi dire son quotidien.

Mais quoiqu'il voyait dans ses yeux, sous toute cette chape de colère, il y avait quelque chose qui faisait écho en lui. Imperceptiblement, la pression de ses doigts se relâcha. Juste une seconde. Le temps de se dire que les gens qui avaient assez de cran pour lui cracher au visage ne courraient pas les rues. Il ne le lui libéra pas la main pour autant.

Il voulait s'assurer qu'elle reste tant qu'il n'avait pas terminé. Et bien entendu, elle n'aurait pas perdu de temps à filer s'il lui en avait laissé l'occasion. Or, il voulait lui parler. Des oreilles dans la rue, parmi les petites gens, ce n'était jamais superflu, n'est-ce pas ?

Il la regarda de nouveau – d'une autre manière. Elle, sa tresse ébouriffée, ses vêtements qui n'avaient rien de luxueux. Ce ne serait peut-être pas très difficile de la convaincre...

Il ne doutait pas une seconde qu'elle avait senti le changement dans son attitude. Il ne s'amusait plus maintenant, il était parfaitement sérieux. Alduis avait changé de l'un à l'autre, sans signe avant coureur. Désormais, c'étaient les affaires qui débutaient et si elle en avait un peu dans le ciboulot, elle saurait reconnaître où se trouvait son intérêt.

Il n'y alla pas par quatre chemins. Il plongea son regard dans le sien et son sourire avait entièrement disparu :

- Qu'est-ce que tu dirais d'avoir de quoi te remplir le ventre et la bourse ?

Le tutoiement était venu tout seul. Et cette fois-ci, il libéra son poignet totalement. En attendant sa réponse, il en profita pour serrer et desserrer les doigts, pour les détendre. Il baissa les yeux sur son poignet, dont la peau était déjà violacée : elle risquait d'avoir une sérieuse marque pendant quelques temps...

Mais il avait appâté le poisson, alors il ne doutait pas une seconde que rien que pour en savoir plus, elle allait rester.

Certaines oreilles étaient plus sensibles à certains mots que d'autres. Mais le mot argent faisait l'unanimité.
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Message par Sahar le Dim 10 Mai - 11:03

Ce soudain changement d’attitude ne présageait rien de bon. C’était mauvais signe, Sahar pouvait presque sentir l’air tourner doucement. Sa réplique, cette voix sérieuse, ce n’était pas ce à quoi s’attendait la vagabonde. Oh, elle s’était attendue à une réponse usant de la violence. Une réponse qui lui indiquerait que cette fois-ci, l’échafaud serait son unique échappatoire. Peut-être qu’au fond, Sahar ne souhaitait que sa. La mort. Abréger enfin la douleur qu’elle transportait. Rejoindre sa famille. Retrouver l’étau chaleureux de sa mère, la voix douce de son père, le sourire radieux de son frère. Elle voulait les retrouver, s’excuser d’avoir mis tout ce temps pour les retrouver. Elle aurait dû être parmi eux ce jour-là, pas au sein de cette ville qui ne lui inspirait que tristesse et colère, pas au milieu de tous ces gens qu’elle haïssait. Oui, pourvu que le militaire lance sa sentence, qu’il lui offre enfin cette délivrance que Sahar désirait tant.

Mais, non. La pression autour de son poignet se relâcha lentement, sans que ses doigts quittent sa peau pour autant. La vagabonde sentit qu’elle respirait de nouveau, que sa gorge se desserrait, que les larmes cessaient. La jeune femme baissa les yeux vers son poignet dont quelques taches violacées apparaissaient entre les doigts du militaire. Elle contempla longuement sa peau et la douleur qui s’échappait de ses os. Elle attendait la sentence, acceptant le sort que le militaire lui réservait. Mais rien ne vint, poussant alors la demoiselle à redresser la tête. Le soldat aux cheveux de neige l’observait, une expression peinte sur ses traits angéliques qui échappait totalement à la demoiselle. Son sourire espiègle et sinistre s’était effacé, rendant l’homme bien moins effrayant. Il lui apparut même comme un simple militaire, gardant une prestance déstabilisante, mais terriblement moins terrifiant. Même la cicatrice traversant son visage ne troublait plus la demoiselle.

Le vent venait de tourner et Sahar ne comprenait pas ce qui était à l’origine de ce changement brutal. Alors la vagabonde le dévisageait, silencieuse, redoutant étrangement la suite des événements. Les lèvres du soldat s’entrouvrirent et les mots s’écoulèrent de sa bouche, frappant de plein fouet la demoiselle. Le bougre, il ne plaisantait pas. Son regard ne reflétait aucune malice. Il l’avait tutoyé, elle, cette petite vagabonde à la langue trop pendue. Elle resta impassible, ne croyant pas une seule seconde à ce qu’il lui proposait. La foule fourmillait autour de Sahar, mais la demoiselle se contenta de contempler le militaire, abasourdie. Où était passé le soldat au sourire inquiétant et au regard angoissant ? Il semblait s’être évaporée et Sahar n’avait rien vu venir. Elle le quitta du regard pour observer son poignet. Sa peau était dorénavant teintée de couleurs violâtres et son poignet commençait à enfler. La douleur lui donnait l’impression qu’un troupeau de chevaux venait de piétiner ses os.

Elle glissa sa manche par-dessus les formes sombres pour les camoufler. Cela lui rappelait bien trop de souvenirs qui encore aujourd’hui, tourmentait ses nuits. La demoiselle se massa doucement le poignet pour atténuer la douleur. Elle lui tourna le dos aussitôt, murée dans son silence. Elle allait disparaître dans la foule Sahar sans prononcer un seul mot. Elle allait s’éloigner du soldat. Rejoindre l’obscurité et la discrétion des ruelles. La demoiselle fit un pas en avant, puis un deuxième. Oui, s’échapper au plus vite pour retrouver sa liberté. Les mots du militaire se seraient alors envolés dans le vent.

Mais la vagabonde s’arrêta. Il avait piqué sa curiosité. Sahar ne pouvait dénier l’attirance qu’elle portait pour sa proposition. Aussi, la population autour d’elle s’agitait furieusement et Sahar n’aurait pas fait long feu au milieu de ce bain de violence. Elle fit demi-tour pour planter son regard dans celui du soldat. “ Qu'est ce que tu proposes ?”le questionna-t-elle, s’arrêtant face à lui, le jaugeant avec méfiance, les bras croisés sur sa poitrine. “ Si tu n’as pas besoin de larbins...qu’est-ce que tu veux ? et pourquoi ?” Sahar ne lui faisait pas confiance. Le soldat lui apparaissait comme un homme bien trop menaçant pour qu’elle baisse sa garde aussi facilement. Était-ce un nouveau jeu, à ses yeux ? S’amuserait-il à lui donner un peu d’espoir pour le briser par la suite ? Sa proposition l’intéressait oui, mais la vagabonde ne se jetterait pas aussi rapidement dans la gueule du loup.
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Message par Cassandre Velasquez le Dim 10 Mai - 13:19

[le 10 octobre 1597] - La pomme et la dague Cassan28
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Dissimulée derrière les deux femmes qui s'étaient arrêtées de parler pour suivre eux aussi la scène terrible, Cassandre contemplait l'attitude digne de la jeune femme. Elle avait conscience de la situation impossible et se refusait à se soumettre. Elle avait compris que le noble cherchait à jouer et ne souhait pas lui donner son plaisir. C'était dangereux mais sa vie était déjà sur une pente glissante. Quitte à mourir, autant que ce soit avec bravoure.

A cet instant résonna une phrase forte, trahissant la détermination de celle qui l'avait prononcé :


“ cassez donc mon poignet si cela vous chante. Je ne me plierais pas

Cassandre fixa avec admiration la jeune femme qui supportait la douleur que lui causait ce stupide noble sans se plaindre. Elle se permettait même de renchérir. Elle était fore. Très forte. Dommage que celle-ci doive mourir.

La jeune femme continuait à rester brave et à tenir tête. Elle provoquait encore. Le noble allait s'énerver. La frapper peut-être. Elle allait loin. Beaucoup trop loin.

D'ailleurs, le noble répondit et son commentaire fit sourire Cassandre.


Je crois que je peux me débrouiller tout seul et que je n'ai pas besoin de larbins pour m'habiller ou me faire manger,

Un noble qui faisait les choses par lui-même ? Que exploit ! Il savait donc faire autre chose de ses deux mains que manier une épée ? Cassandre aurait quand même voulu voir à quoi consistait ces fameux repas qu'il se préparait ? Il y aurait sans doute de quoi bien rire !

Alors que la fillette se perdait dans ces commentaires moqueurs intérieurs, la voix du noble résonna e sembla proposer à la jeune femme une offre d'emploi. C'était bien ce que sous-entendait cette phrase. Cassandre frémit. Il marchanda la vie de la jeune femme. quel choix cruel ! Allait-elle renoncer à sa fierté ? Cassandre, elle, n'aurait sans doute pas hésité. Son instinct de survie prononcé guidait toujours ses décisions. Quoique... Elle avait malgré tout un dégoût des nobles condescendants, qui se croyaient intouchables. Peut-être... Par plaisir de voir au moins une fois un noble déchanter...

Qu'allait décider la jeune femme ?

Intriguée, Cassandre suivit avec attention la suite de la scène.

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Message par Alduis de Fromart le Dim 10 Mai - 18:04

La jeune femme cacha son poignet meurtri sous le tissu et ce simple geste révélait à lui seul beaucoup de choses. Cacher quelque chose, c'était le dissimuler aux yeux des autres mais c'était avant tout se le dissimuler à soi-même. Et pourquoi cacherait-on quelque chose à sa propre vue, sinon pour fuir les souvenirs ? Quant à fuir ces souvenirs, justement... on ne fuyait que ceux qui étaient douloureux.

Alduis le savait, les années le lui avaient appris. Tout comme il savait que cacher quelque chose, c'était prendre le risque que quelqu'un le découvre. Et dès lors, cela devenait une faiblesse. C'était avant tout pour cela qu'il ne mentait pas, qu'il n'avait pas peur de montrer son visage balafré à la vue de tous, qu'il ne cherchait pas à rendre ses actes moins cruels. Se cacher, c'était donner le bâton pour se faire battre. C'était offrir à l'autre l'occasion inespérée de tout détruire de l'intérieur, telle la gangrène.

Sans le savoir, elle venait de lui montrer qu'elle n'était pas si sûre d'elle qu'elle ne cherchait à le faire croire. Que quelque part sous sa carapace de fierté se tapissait une douleur qui n'attendait que de resurgir. Une goutte pouvait suffir à tout déborder.

Elle fit volte-face à peine relâchée. Et une voix en Alduis lui souffla qu'il s'était trompé : elle n'avait pas assez faim pour accepter de l'argent de sa part. Ou alors elle était trop orgueilleuse pour le faire. Dans les deux cas, une chose était certaine : elle n'allait pas rester. Elle allait se fondre dans la foule, une vagabonde au milieu des autres, qui ne se tirerait de cette tentative de vol qu'avec un poignet marqué quand d'autres finissaient la corde au cou...

Elle fit un pas. Un deuxième. Alduis ne fit rien pour la retenir. Laisser une souris s'échapper, ce n'était pourtant jamais bon pour la réputation d'un chat ! Mais il préférait attendre. Parce qu'il aimait cette attente tendue qui pesait sur le marché... Et que parfois, il fallait sembler désintéressé pour attirer la curiosité des autres. La suite lui prouva qu'il avait eu raison. Elle s'arrêta.

En fin de compte, orgueil ou pas, l'argent touchait bel et bien toutes les oreilles. Soit. Elle se retourna pour lui faire de nouveau face et il devina dans ses yeux qu'elle s'était reprise. Elle avait totalement chassé les larmes du fond de ses yeux.

- Qu'est-ce que tu proposes ?

Il devait avouer que s'il avait adopté le tutoiement, il ne s'était pas attendu à ce qu'elle en fasse de même et sous le coup de la surprise, cela le fit rire. Quand il revint face à elle, un sourire flottait de nouveau sur ses lèvres. Oh, bien entendu, il restait tout le temps cette petite touche carnassière qui lui était propre - elle n'était jamais très loin – mais elle n'en restait pas moins noyée au milieu du délice. Le délice d'avoir enfin trouvé quelqu'un qui lui tenait tête.

Cette petite souris lui était bien sympathique.

- Si tu n'as pas besoin de larbins... qu'est-ce que tu veux ? Et pourquoi ?

Oh, elle demeurait prudente, la petite. Mais il l'avait suffisament alléchée pour qu'elle reste d'elle-même et c'était tout ce qui comptait pour le moment. Pas besoin d'en révéler trop d'un coup. Enfin, c'était surtout qu'il ne pouvait décemment pas le dire au milieu de cette place.

- Les affaires ne se révèlent pas à la vue de tous...

Il se tourna vers les autres, les foudroya tous du regard et déclara, assez fort pour que tous l'entendent :

- Vous n'avez rien de mieux à faire, vous autres ?

Quand tout le monde se fut détourné, il se retourna vers la jeune femme, presque galant, et déclara :

- Suis-moi.

Sans un mot, il l'emmena vers quelques ruelles plus sombres, à l'abri des oreilles indiscrètes. Puis, quand il se jugea suffisament éloigné des curieux, il s'arrêta. Il garda le silence pendant quelques instants et enfin, il conclut sans se retourner pour la regarder :

- J'aurais bien besoin d'une paire d'oreilles dans le coin pour me raporter ce qu'il se passe dans la rue...
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Message par Sahar le Lun 11 Mai - 22:49

Sahar eut comme première réponse un rire de la part du soldat. Un poil irritée par cette réaction, la vagabonde fronça légèrement les sourcils, songeant à ce qu’il pouvait être la cause de ce ricanement. Le tutoiement s’était aussitôt infiltré dans ses paroles, gardant ainsi un semblant d’égalité. Quand bien même, ils n’étaient en rien égaux. La demoiselle voyait bien à sa prestance que le soldat était sûrement haut placé, un noble certainement issu d’une grande et puissante famille. Elle, elle était simplement Sahar. Fille d’un marchand dont personne ne connaissait le prénom. La vagabonde était une petite fille du peuple. Ce détail, un parmi des milliers, prouvait qu’il était supérieur et le resterait. Sahar ne détiendrait jamais l’autorité que le soldat possédait et le pouvoir dont il disposait dû à son statut. Une réalité qu’elle acceptait partiellement.

D’un sourire amusé, une fine ligne mêlant malice et férocité, le soldat lui révéla qu’il ne pouvait en parler sous le regard bien trop curieux de la foule. Regards qui s’empressèrent de se détourner d’eux sous la pression et l'autorité du militaire. La vagabonde suivit ce dernier en silence d'un pas décidé. Elle s’adossa contre le mur d’une ruelle, bras croisé sur la poitrine, les yeux rivés vers le dos du militaire. Les lèvres pincées, la jeune femme demeura impassible, tandis qu’il lui tournait le dos, lui expliquant plus en profondeur sa proposition. Un rire s’évapora de ses lèvres lorsqu’il termina. Un rire nerveux, surpris, franc. Un rire qui adoucit quelque peu ses traits tirés par la colère. Un son mélodieux, presque doux, presque innocent, si la vagabonde ne jouait pas avec la lame de son couteau au même instant.

Son sourire mourut sur ses lèvres dès que Sahar leva les yeux vers le ciel et son rire disparut. Sa mine se referma, la candeur s’envola de son regard, un voile reposait de nouveau sur son visage. “ J’ignorais que les nobles pouvaient s’intéresser aux querelles des ivrognes à la tombée de la nuit…” répondit-elle ironiquement, consciente de ce que le soldat lui demandait réellement. Et ce n’était sûrement pas les violentes altercations au coeur d’une taverne qui attiraient l’intérêt du soldat. La demoiselle se redressa, fit quelques pas, concentrée sur la lame qui tournoyait entre ses doigts habiles. Une lame amochée par les ravages du temps, une arme qui avait perdu toute son utilité.

Pouvait-elle réellement faire confiance à cet homme ? Elle gardait encore le souvenir de ses doigts enroulés autour de son poignet, de son emprise qui lui avait paru assez puissante pour disloquer ses os. Sahar revoyait la satisfaction étincelant dans son regard, tandis qu’il lui prouvait qu’elle n’était qu’un petit lièvre piégé entre les serres d’un aigle. Et l’aigle, il s’était délectée de cette supériorité qui le différenciait tant du lièvre. Il avait savouré cette différence et ce sentiment de supériorité. En l’espace de quelques minutes, d’un simple sourire, il l’avait terrifié. La lueur dans ses yeux l’avait effrayé. Bien qu’elle ne s’était pas dérobée, elle le craignait. Et jamais elle ne se déroberait. Sahar était trop fière, trop forte pour plier face au vent menaçant. Mais il émanait du soldat un aura dangereux que Sahar ne pouvait décemment pas ignorer. Elle ne pouvait imaginer la terreur qu’il devait inspirer à ses subordonnés et l’angoisse qu’il devait prodiguer au sein de l’armée.

“ Très bien.”prononça-t-elle d’une voix détachée, haussant doucement les épaules. La vagabonde s’approcha du militaire, et reprit sur un ton plus froid. “ Mais que l’on soit clair, je ne serais pas ta marionnette. ”Sahar n’aura jamais la discipline d’un bon soldat et elle ne se prédestinait pas à être une poupée que le militaire manipulerait comme il le souhaite.“ C’est une demande assez vague. J’aurais besoin de plus d’informations. Pourquoi s’intéresser à ce qu’il se passe en ville ? N’as-tu rien de mieux à faire ?”. Étrangement, ce n’était pas tant l’argent que Sahar tirerait de cette situation qui l’encourageait à rester. Non, c’était la curiosité. Elle était intriguée la vagabonde et le désir d’en connaître plus se logeait dans ses yeux noisette.
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Message par Cassandre Velasquez le Mer 13 Mai - 21:47

Avant de répondre,
Comment Cassandre réagit de voir les deux partir vers la ruelle Qui remportera sur l'autre, de la curiosité ou de de sa prudence ?

1 ou 2 : Cassandre passe son chemin et juge trop dangereux d'aller espionner
3 ou 4 : Cassandre attend de voir ressortir le noble et la femme
5 ou : Cassandre, trop intriguée, va observer devant la ruelle
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Message par Fatum le Mer 13 Mai - 21:47

Le membre 'Blanche des Roses' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


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Message par Cassandre Velasquez le Mer 13 Mai - 21:51

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Le noble imposait à la jeune femme de la suivre. attentive, Cassandre suivait leur départ et les vit disparaitre par une ruelle étroite et obscure. Le genre d’endroit où on allait jamais. Jamais ! Question de survie. Quand bien même, elle aurait l'envie, l'ide de se faire surprendre comme espionne la refroidissait. Cet aristocrate était dangereux. Elle préférait s'en tenir loin.

A contrecœur, Cassandre tourna les talons et s'en retourna à ses courses.
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Message par Alduis de Fromart le Sam 16 Mai - 9:31

Alduis n'arrivait pas à se décider. Soit cette fille était très courageuse, soit très insouciante. Personne ne lui avait donc appris qu'aller seule dans une ruelle - surtout quand il était dans les parages, lui, Alduis de Fromart - était dangereux ? Et s'il avait décidé de lui tendre un traquenard ? Mais non, pas aujourd'hui. Elle avait de la chance, il n'avait aucune mauvaise attention à son égard.

Arrivée, elle alla même jusqu'à s'appuyer au mur, parfaitement détendue si ce n'était ses bras croisés et ses lèvres pincées qui trahissaient une certaine forme de tension. Il sentait son regard brûlant dans son dos, comme une arme chauffée à blanc qu'elle lui aurait plantée entre les deux omoplates.

Et là, au milieu de cette ruelle sombre, la jeune femme échappa un petit rire. Pas un rire réellement amusé, plutôt quelque chose de nerveux, mais cela ne changeait pas les faits : elle riait. Il se retourna à ce moment, juste pour voir les traits de la concernée se détendre. Et la transition entre son sourire presque doux et la lame entre ses mains était frappante.

- J’ignorais que les nobles pouvaient s’intéresser aux querelles des ivrognes à la tombée de la nuit…, souffla-t-elle finalement, un brin moqueuse.

Alduis lui sourit de nouveau. Il ne répondit rien, puisqu'il savait aussi bien qu'elle que les différends entre ivrognes n'avaient strictement rien à faire là-dedans. Mais au fond, pourquoi pas ? On pouvait trouver un intérêt partout, en cherchant bien.

Alduis la regarda se redresser et faire quelques pas. Rien ne semblait l'intéresser autre que sa dague. Une dague marquée par le temps et les années d'utilisation, sûrement beaucoup moins dangereuse que dans sa jeunesse. Il ne la quittait plus des yeux. Il percevait son hésitation en elle et toutes les questions qui devaient se presser sous sa boîte crânienne. Il en connaissait certaines et il déclara alors, tout naturellement :

- Je ne te ferais rien.

C'était une promesse. Et Alduis tenait toujours ses promesses. Que ce soit cela ou autre chose qui l'ait persuadée, elle accepta enfin. Un haussement d'épaules traduisant son détachement - Alduis ne fut pas capable de savoir s'il était feint ou réel. Elle revint vers lui et déclara sur un ton glacial, qui ne fit ni chaud ni froid à Alduis :

- Mais que l’on soit clair, je ne serais pas ta marionnette.

Oh, ça, non. Il n'en doutait pas une seule seconde. Ce n'était d'ailleurs pas ce qu'il lui demandait. Si elle s'était mise à lui obéir sans chercher à y redire, il aurait été très déçu. Cette simple pensée lui arracha un nouveau sourire, fendant son visage en deux, étirant sa cicatrice. Elle continua aussitôt, sans lui laisser le temps de répondre :

- C’est une demande assez vague. J’aurais besoin de plus d’informations. Pourquoi s’intéresser à ce qu’il se passe en ville ? N’as-tu rien de mieux à faire ?'

Alduis l'observa en silence, sans rien dire ou faire. Elle était bien curieuse, cette demoiselle. Il y avait certaines choses qui ne la regardaient pas tant que cela. Il tira la dague qu'elle avait essayé de lui voler quelques minutes plus tôt et expliqua d'une voix calme, en passant son doigt le long du fil de la lame :

- Ce qui m'intéresse dans la ville ne te regarde pas vraiment, jeune fille. Quant à ce que je veux savoir eh bien, ma foi, c'est plutôt simple. Pour ainsi dire, tout ce que tu pourras me dire. Je veux que tu me rapportes quelque chose d'assez intéressant pour intéresser le Roi.

Un nouveau sourire. D'un mouvement de poignet habitué, il retourna la dague dans sa main et attrapa la lame sans que cela ne lui pose davantage de problèmes. Et il tendit le pommeau à la jeune femme avec la claire intention qu'elle le prenne :

- Comment tu t'appelles ? demanda-t-il finalement, en lâchant enfin la lame, quand elle eut pris la garde. Elle est pour toi, ajouta-t-il aussitôt avec un sourire en coin. Pour te rappeler que j'existe.

Il s'inclina narquoisement pour conclure :

- Alduis de Fromart. Enchanté.
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Message par Sahar le Dim 17 Mai - 23:27

Je ne te ferais rien.Sahar redressa aussitôt la tête pour le détailler du regard, comme pour y déceler la véracité de ses propos. Mais elle ne vit rien. Rien qui indiquait qu’elle pouvait lui faire confiance. Avait-elle réellement sa parole ? Le militaire ne laissait rien transparaître, pour son plus grand dam. Il semblait être amusé, confiant, conscient qu’il était en position de force malgré la véhémence de Sahar. La vagabonde pouvait lui cracher à la figure qu’il ne scillerait pas, elle pouvait lui cracher des mots emplis de rage qu’il lui rigolerait certainement au nez. La demoiselle ne l’effrayait pas. Mais lui...lui en revanche, sa spontanéité la troublait. Et il continuait de l’observer en souriant, de cet étrange sourire dénué de toute sympathie, quand bien même elle lui parlait d’une voix tranchante.

Un silence s’installa, un silence qui intriguait la demoiselle. Ses yeux furent attirés aussitôt par l’éclat de la dague, tout juste sortie de son fourreau. Puis finalement, le militaire lui révéla ce que Sahar attendait tant. D’une voix calme, posée. Il était soudainement d’une extrême nonchalance, qui lui aurait presque fait oublier que quelques minutes plus tôt, il brisait ses os entre ses doigts. La vagabonde s’attarda longuement sur sa dernière phrase. Pour intéresser le roi ?

Oh, Sahar détenait une information cruciale pour la ville de Monbrina. Une information qui pourrait démanteler tout ce pour quoi les esclaves se battent et tout ce pour quoi les nobles s’enrichissent. La révolte. Sahar l’avait rejoint quelques jours auparavant. Qu’adviendrait-il de cette demoiselle, si le soldat venait à apprendre qu’elle cachait ce petit détail aussi précieux ? Mais si Sahar pouvait trahir le militaire aussi facilement qu’elle respirait malgré la peur qu’il suscitait en elle, il n’en était pas de même avec l’esclave. Le militaire la terrifiait mais la vagabonde respectait trop le guerrier prisonnier pour lui faire cet affront. Elle lui avait donné sa parole et inconsciemment, sa loyauté. La demoiselle hocha alors la tête, le visage fermé, tandis que dans son esprit, ses pensées s’entrechoquaient. “ Ça me convient, si c’est pour intéresser le roi…” répondit-elle ironiquement, laissant clairement transparaître un immense mépris dans l’intonation de sa voix.

Tandis qu’il lui tendait la dague, annonçant que cette dernière était pour elle, la surprise se peignit sur ses traits. Bien que ce cadeau lui rappelât chaque jour que ce personnage irritant foulait la terre, ça n’en restait pas moins un cadeau qui remplit son coeur de joie. Sahar n’aurait pas dû être aussi exaltée. Il s’assurait simplement que la vagabonde n’oublie pas son devoir. C’était à ses yeux, une banalité certainement. Mais pour la vagabonde, c’était un véritable soulagement de pouvoir remplacer son couteau en piteux état. Aussi, elle ne put retenir le sourire innocent qui se glissa sur ses lèvres. “ merci.”la demoiselle s’empara de la dague et la scruta sous toutes ses coutures. “ Je la vendrais, si jamais elle me rappelle trop que tu existes.”lança-t-elle, sourire envolé, en rangeant la dague où trônait autrefois son vieux couteau.

Face à elle, il lui fit une courbette, presque moqueuse. “ Je m’appelle Sahar.”se présenta-t-elle, simplement. Pas de joli nom de famille pour égayer la sobriété de son prénom. Ce fut finalement le grognement de son estomac qui brisa le silence, tandis que des effluves de nourritures caressaient ses narines. “ Et bien Monsieur de Fromart...je crois que nos chemins vont se séparer ici.” la jeune femme se garda bien de préciser qu’elle allait s’enfuir pour voler quelques petits mets délicieux à se mettre sous la dent. Mais déjà, son regard se perdait dans la foule que la demoiselle apercevait à l'extérieur de la ruelle.

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Message par Alduis de Fromart le Ven 22 Mai - 0:03

Elle avait quelque chose, cette voleuse. Une fierté qui la poussait à rester et même, comble du comble, à accepter son offre ! Il en connaissait plus d'une qui aurait fait demi-tour depuis longtemps. Mais pas elle. Elle, elle était encore là, à le tutoyer et à le regarder froidement comme s'il était n'importe lequel des passants. Tout cela alors même que ses doigts lui avaient laissé de gros hématomes quelques secondes plus tôt.

Il eut un sourire en coin face à l'ironie de sa voix. Une ironie difficilement définissable, à vrai dire. Dirigée contre le roi ou bien contre lui ? Peut-être bien les deux, d'ailleurs.

Mais il avait réussi son coup et c'était le principal. Il avait voulu la surprendre en lui offrant la lame de son délit. Mission accomplie. Cette jeune fille était fière, mais surtout, elle ne savait pas se cacher. C'était un livre ouvert et il pouvait la déchiffrer autant qu'il en avait envie. Une force ou une faiblesse, tout dépendait de l'adversaire. Mais Alduis faisait partie de ceux qui savaient analyser la moindre des mimiques pour être eux-mêmes des experts dans l'art de jouer la comédie.

Dans tous les cas, le poignard était là d'un cadeau à double tranchant, bien évidemment. D'un côté, il s'assurait qu'elle se souvienne de lui, qu'elle effectue effectivement sa mission. De l'autre, c'était un moyen comme un autre de lui signifier cette certaine admiration qu'il avait pour elle. Les gens pliaient trop souvent devant lui pour qu'il ne prenne pas la peine de les récompenser quand ils lui faisaient face.

Ainsi s'empara-t-elle de la dague, acceptant par la même occasion et s'engageant auprès de lui. Elle l'observa avec grande attention. Il la regarda faire et commenta :

- Je ne me moque pas de toi, crois-moi sur paroles. Tu ne pourras pas trouver d'arme de meilleure qualité sur le marché.

C'était bien une chose qu'Alduis chérissait par dessus tout. Ses dagues. La jeune femme la rangea finalement à sa taille. Alduis ne la lâchait pas des yeux. Il ne fit aucun commentaire sur ses mots et nota dans un coin de sa tête son nom.

Sahar.

C'était son vrai nom, il en aurait mis sa main à couper. Elle n'avait même pas pris la peine de lui mentir. Eh bien, les choses s'annonçaient peut-être plus faciles que prévu. Il lui faisait confiance pour lui ramener une information capable de faire pencher la balance de son côté. Oh, évidement : tout ce qui viendrait d'elle serait à prendre avec des pincettes mais ce serait toujours des pistes à explorer.

Ses réflexions furent coupées par un ventre gargouillant. Il laissa son sourire venir planer sur ses lèvres. Ah ! Il était bien repu, lui ! Déjà, Sahar n'attendait plus qu'une seule et unique chose : partir. Partir pour se nourrir.

- Tu voudrais me quitter déjà ?

Il fit mine de faire la moue. Une moue qui ne trompa personne. Il reprit ensuite, en glissant ses pouces dans sa ceinture, avec toute la nonchalance dont il était capable :

- Pour qui me prends tu, Sahar ? - il avait prononcé son prénom avec un certain venin, qui lui était propre - pensais-tu que j'allais te laisser partir ainsi ? Je t'ai promis à manger et quelques pièces, non ?

Et chose promie, chose due. Pour illustrer ses propos, il lâcha quelques pièces dans la paume de la jeune femme et ajouta :

- Que dirais-tu d'un festin pour assouvir ta faim ? Je mange seul ce soir et c'est convenu dans notre échange, après tout.

En réalité, il mangeait seul tous les soirs... mais ça, elle n'avait pas besoin de le savoir.

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Message par Sahar le Jeu 4 Juin - 17:33

Crois-moi sur paroles ? Mais comment, une vagabonde telle que Sahar, pouvait se fier à un noble tel qu’Alduis de Fromart ? Ils étaient si différents, et pourtant sur certains points, la demoiselle pouvait déceler certaines choses qui étaient comme un écho à sa propre personnalité. Ils protégeaient tous deux fervemment leurs émotions. Si Sahar était une piètre comédienne avec ses yeux ouverts sur son âme, le soldat ne révélait aucunement ce qu’il ressentait. Seule une étincelle de malice, mariée à une ombre sournoise, trônait dans ses pupilles azurées. La demoiselle arborait un masque d’indifférence comme un bouclier, comme une arme contre le monde extérieur. Et parce qu’elle se protégeait, Sahar se méfiait de tout et de tout le monde. Elle était volontairement égoïste, piégée dans son petit univers où elle se considérait comme intouchable. Comment faire confiance à un homme, qui, comme la demoiselle, œuvrait seulement pour son propre bien avant tout ?

La jeune femme ne répondit pas, mais ses yeux parlaient pour elle. Non, Sahar ne lui faisait pas confiance, mais ce traitement était loin d’être personnel. Faire confiance était un risque trop élevé pour la demoiselle, un risque qu’elle ne pouvait décemment pas prendre. Le grognement de son estomac troubla le silence pesant et la vagabonde s’empressa d’informer le militaire qu’il était temps pour eux de se séparer. Aussi son regard se baladait à travers la foule, survolant les divers étalages des marchands dont différents effluves lui parvenaient. La question du militaire planait comme une menace et Sahar le dévisagea, les sourcils légèrement froncés. Elle n’avait jamais vu un homme se comporter de cette façon. Le militaire agissait comme s’il jouait dans une pièce de théâtre dont lui seul en connaissait les dialogues et les actions. Maître de son propre jeu, plongé dans sa solitude, cela semblait l'amuser.

“Je ne pensais pas que tu m’inviterais si tôt... Je ne t’ai pas encore donné d’informations.”fit-elle remarquer, le doute la gagnant peu à peu. Oh pourtant, elle en détenait une belle d’informations. La révolte. Révolte dans laquelle elle s’était embarquée, dans l’espoir d’assouvir une vengeance qui la dévorait depuis bien trop d’années. La demoiselle jouait avec le feu et étrangement, elle ne ressentait pas l’ombre d’un soupçon pour ce qu’elle était en train de manigancer. Le noble pouvait être un atout, si la vagabonde rentrait dans son jeu. Seulement, Sahar n’était pas connue pour ses talents de comédiennes, piètre menteuse, ses yeux la trahissaient. “ Très bien, cela me convient.”

Les repas de Sahar se déroulaient toujours dans la solitude et le silence seulement brisé par le tintamarre de la ville. Un peu de compagnie ajouterait peut-être un peu de chaleur dans ce cœur si froid. Alduis de Fromart se montrait irritant, mais il ne l’avait pas encore jeté derrière les barreaux. Aussi, la vagabonde préférait se méfier de cet homme qui lui paraissait instable et spontané. Lui faire confiance . Baliverne. Sahar possédait encore assez de lucidité pour ne pas se jeter dans la gueule du loup. Elle s’approcha de lui, attendant qu’il ouvre le chemin. Finalement, elle lui posa la question qui avait germé dans son esprit. “ Tu ne partages pas ton repas avec ta famille ? ”demanda-t-elle, sur un ton qui laissait transparaître sa surprise. Sahar s’était toujours imaginé les repas des nobles comme un large festin, où tous les membres s’y retrouvaient pour jouir de leur richesse tandis que les plus démunis mouraient de faim.

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    I have licked the fire and danced in the ashes of every bridge I ever burned. I fear no hell from you. « She has been through hell. So believe me when I say, fear her when she looks into a fire and smile.  »
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Message par Alduis de Fromart le Sam 6 Juin - 17:01

Alduis l'observait pensivement, en essayant de décider si sa détermination tenait du courage ou de l'inconscience. C'était difficile à dire. D'un côté, elle le tutoyait sans hésitation alors même que les marques de ses doigts bleuissaient tout juste sur son poignet... De l'autre, elle n'était pas suffisamment suicidaire pour croire à ses promesses. Alors que penser d'elle ? Peut-être qu'elle avait plus de jugeote que ce qu'il avait pensé de prime abord.

Enfin, dans tous les cas, peu importe qu'elle le croit ou non. Il disait la vérité : il ne lui ferait rien. Premièrement, il avait besoin d'elle, désormais. Deuxièmement, il venait de lui en faire la promesse. Et si Alduis mettait bien un point d'honneur à faire quelque chose, c'était tenir sa parole.

Il ne releva pas ses réflexions. Elle ne pensait pas qu'il l'inviterait si tôt ? Tiens donc. C'était pourtant ce qu'il avait dit. Et s'il savait que la menace fonctionnait mieux que tout, il n'était pas assez idiot pour croire qu'un peu de gentillesse – ou qu'importe comment on appelait cela – pouvait être bénéfique dans certains cas.

Sauf que venant de lui, cela avait surtout le don de rendre les gens plus méfiants. De nouvelles lueurs dansaient dans les yeux de la jeune femme et puis, soudain, elle accepta. Alduis la toisa des pieds à la tête, sceptique. Elle le prenait pour un idiot ? Il ne dit cependant rien, fit volte-face et quand il fut sûr qu'elle le suivait, il demanda comme si de rien n'était – mais sa question était tout, sauf innocente.

- Dis-moi donc. Que vient-il de se passer dans ta petite tête ?

Sûrement aurait-il mieux valut pour elle qu'elle parte en courant dans l'autre sens. Tout simplement, qu'elle n'approche jamais l'une de ses mains de ses dagues. A la place, elle était venue. Elle était restée une fois son poignet libéré et depuis, elle continuait de le suivre. Elle était certes méfiante, voire carrément soupçonneuse, mais il n'empêchait qu'elle était toujours derrière lui et que c'était dans son château qu'elle était en train de se rendre. N'était-ce pas une preuve qu'une idée avait commencé à germer dans son esprit ?

Elle le coupa dans son fil de pensées avec une question. Une question... dérangeante. Un repas en famille ? Ce n'était pas vraiment l'esprit de la maison, parmi les Fromart. Il aurait pu ne pas répondre, il le savait. Mais cela lui aurait montré qu'il y avait là quelque chose à creuser. Pour ainsi dire, une faille à exploiter. Il ne fallait pas laisser de prises à ses adversaires, même quand ceux-ci travaillaient en toute logique pour vous. Surtout quand ceux-ci travaillaient pour vous.

- Je n'ai aucune envie de manger avec ma famille.

Et son ton ne laissait la suite à aucune autre question. De toute manière, sa famille était réduite aujourd'hui, excepté son père. Et Coldris de Fromart n'était décidément pas le genre de personne qu'il avait envie de voir.

Alduis se tourna brièvement vers elle et, sans pitié, il lui retourna la question en souriant à demi, parce qu'il savait déjà pertinemment ce que ces mots pouvaient soulever chez une vagabonde comme elle :

- Mais ta famille à toi ?

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Message par Sahar le Mar 16 Juin - 15:45

Que venait-il de se passer dans sa petite tête ? Question étrangement peu surprenante puisque le militaire s’était certainement rendu compte que l’esprit de Sahar était en proie à de nombreux doutes, et de nombreuses peurs. Oui, la vagabonde réalisait qu’elle venait de faire une belle erreur mais elle se garderait bien de l’avouer à voix haute. Si la demoiselle jouait le jeu avec adresse, il se pourrait qu’elle s’en sorte vivante, et libre, de cette histoire. C’était presque amusant de camoufler une aussi grande information à un homme aussi terrifiant qu’Alduis de Fromart. Mais réalisait-elle réellement l’ampleur de son erreur ? Non, certainement pas. La vagabonde marchait sur une corde sensible, un seul faux pas et cela causerait sa perte pour sûr.

“ Oh vous savez...tout un tas de choses me traverse l’esprit, mais il n’y a rien d’intéressant pour vous. Vous serez déçu. ”assura-t-elle, alors que la demoiselle suivait nonchalamment le soldat, lui jetant quelques coups d’oeil à la dérobée. Pouvait-elle faire confiance à cet homme aux cheveux d’un blond pâle, et au sourire légèrement carnassier ? Il ne cessait de semer le doute dans son esprit et c’est avec prudence que Sahar se déplaçait, surveillant le moindre de leurs pas.

Elle haussa un sourcil surpris lorsque le militaire lui annonça qu’il n’éprouvait aucune envie de manger avec sa famille. Alors que la demoiselle s’apprêtait à lui en demander la raison, elle referma aussitôt la bouche lorsqu’il lui posa une énième question. Un voile sombre traversa ses yeux, l’étincelle de ses pupilles disparu, englouti par une profonde tristesse. La jeune femme détourna les yeux, légèrement ébranlée par cette interrogation qui lui allait droit au coeur. Aussi, Sahar redressa le menton. À ses yeux, la mort de sa famille n’était pas sa faiblesse mais sa plus grande force. Un éclat de rage apparut dans son regard, flamboyant et aussi brûlant que la braise. “ Ils sont morts.”lâcha-t-elle finalement, d’une voix aussi glaciale qu’une brise hivernale. La vérité lui opprimait la poitrine, mais à quoi bon mentir au soldat . Il arborait ce rictus exaspérant, un sourire qui insinuait qu’il connaissait déjà la réponse. “ Mais je suppose que vous vous en doutiez.”

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